Le classicisme français
À la cour de Louis XIV (1638-1715) durant la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, prédomine le goût pour le classicisme français. Ce retour à une esthétique ancienne, inspirée de l’antiquité se positionne en rupture avec la fantaisie et l’exubérance de l’art baroque, né en Italie au milieu du XVIe siècle et qui se diffuse en Europe depuis lors.
Ces appliques, d’une fonte et d’une ciselure d’une grande qualité, sont le témoin d’un art classique à la française puisant ses racines dans les ornements et l’iconographie des arts antiques gréco-romains. Ornées de la peau du lion de Némée et d’armes rappelant le mythe d’Hercule, ainsi que d’un profil à l’antique représentant probablement des empereurs, chacune de ces appliques se rapportent aux créations d'André-Charles Boulle (1642-1732), qui crée du mobilier d’ébénisterie et des objets en bronze doré pour certains des mécènes les plus renommés du XVIIIe siècle.
Le présent lot peut être mis en relation avec une série de lustres attribués à André-Charles Boulle, dont les bras de lumières sont réunis par un élément central décoré de médaillons similaires, ornés de figures à l’antique : l'un se trouve dans la collection du J. Paul Getty Museum (inv. 76.DF.13), un autre au musée du Louvre (inv. OA 10531) et un dernier exemplaire de Boulle fait partie du legs Jones au Victoria and Albert Museum (inv. 965-1882). Passionné et collectionneur de médailles, l’ébéniste en place régulièrement dans ses ouvrages, comme c’est le cas sur une série d’armoires à médailles ornées de médaillons représentant les victoires de Louis XIV, dont une paire, autrefois dans la collection d’Ogden Mills, a été vendue chez Christie’s, à Londres, le 4 juillet 2013, lot 20. La médaille comme objet de collection connait une grande vogue au cours du Grand Siècle, notamment grâce à la nomination de l'innovant sculpteur et médaillé Jean Varin comme seul maître de la Monnaie de Paris en 1672 et à la passion de Louis XIV pour ce type d'objet.
Plusieurs paires pratiquement identiques, attribuées à André-Charles Boulle sont passées sur le marché ces dernières décennies : vente Sotheby’s, Paris, le 18 octobre 2006, lot 16 ; vente Christie’s, Londres, le 6 juillet 2017, lot 21.
André-Charles Boulle (1642-1732), Ebéniste et marqueteur ordinaire du roi
André-Charles Boulle est né le 10 novembre 1642. Il s’épanouit dans l’apprentissage du dessin, de la gravure, de la ciselure et de la peinture. Il est reçu maître ébéniste avant 1666 et reçoit le privilège royal d’Ebéniste et marqueteur ordinaire du roi, le 20 mai 1672, par la reine Marie-Thérèse d’Autriche. À ce titre, il jouit de nombreux privilèges comme celui d’avoir son logement et son atelier au sein du Palais du Louvre. Il obtient le droit de réaliser aussi bien de l’ébénisterie que des bronzes, en dépit des règles imposées aux corporations et ce jusqu’à la fin de sa vie. Dans un premier temps, André-Charles Boulle travaille également dans des ateliers sur la rive gauche de la Seine, avant de s’installer définitivement au Louvre en 1677.
Parmi sa prestigieuse clientèle nous pouvons nommer les Bâtiments du roi, la reine Marie-Thérèse, le Grand Dauphin et la duchesse de Bourgogne. La clientèle d’André-Charles Boulle n’est cependant pas que royale puisqu’elle comprend pour une large part des financiers, ministres et hauts fonctionnaires ; parmi eux citons : Antoine Crozat (1655-1738), Pierre Thomé (1649-1710), Moulle (mort en 1702), le ministre Louvois (mort en 1693), Moyse-Augustin de Fontanieu (mort en 1725) intendant du Garde-Meuble royal après 1711, ou encore le cardinal de Rohan (1674-1749).