Notre console est représentative d’un tournant dans la production de Jean-Henri Riesener. Nommé ébéniste ordinaire de la Couronne en 1774, il est pourtant victime de son succès et progressivement écarté des commandes du Garde-Meuble en raison de son coût et du changement de direction en 1784. Cette console desserte est emblématique de l’évolution stylistique de la production Riesener dans les années 1780. En effet, il renonce aux productions monumentales du début du règne de Louis XVI et opte, sacrifiant aux caprices de la mode, pour des modèles plus sobres. L’habillement se simplifie, les bronzes se réduisent, les marqueteries fouillées de fleurs laissent place aux plages unies d’acajou, encadrées de fines moulurations. Notre meuble est représentatif de ce que l’on appelle alors le style « à l’étrusque » ou « à la romaine ». Les vantaux en façade disparaissent au profit de deux montants plus aériens. La qualité du travail de Riesener se révèle ici dans la perfection de l’exécution et l’élégance du dépouillement.
Deux exemplaires ont été livrés pour la reine Marie-Antoinette à Versailles, l’un pour le Hameau (inv. V 4783), identique à notre meuble, bien que plus long, et l’autre pour le Petit Trianon (inv. V 4723), doté d’une importante garniture de bronze doré. Le Mobilier national en conserve également un exemplaire en dépôt à l’hôtel Matignon (inv. GME 5522).
Bénéficiant d'un vif succès dans la dernière décennie de l'Ancien Régime, ce modèle fut décliné selon le goût des différents commanditaires. Plusieurs exemplaires sont passés en vente publique ces dernières années, dont notamment :
- Un exemplaire, estampillé Riesener, en acajou orné d’une riche ornementation de bronze doré, vendu chez Christie’s Londres, le 13 novembre 2018, lot 334.
- Un exemplaire, estampillé Riesener, avec un décor de plaque de porcelaine et provenant de la collection Juan de Beistegui, vendu chez Christie’s Paris, le 10 septembre 2018, lot 42.
- Deux exemplaires provenant de la collection Dimitri Mavrommatis, vendus chez Sotheby’s Londres, le 8 juillet 2008, lot 46, présentant un décor de marqueterie en losange ainsi qu’une riche ornementation de bronze doré.
- Un exemplaire, estampillé Riesener, vendu chez Sotheby’s Monaco, le 27 février 1992, lot 45.
- Un exemplaire, estampillé Riesener, vendu chez Christie’s New York, le 1er novembre 1989, lot 105.
- Un exemplaire, estampillé Riesener, vendu à la Galerie Charpentier, Paris, 1er juin 1949, lot 108.