Fondée par Andrea Valadier (1695-1759) à Rome en 1725, la renommée de la dynastie des bronziers, orfèvres et architectes Valadier culmine sous Luigi Valadier (1726-1785), qui réalise ses plus grandes œuvres peu avant sa mort en 1785, précisément pendant la période de création de ces vases. À la fin de sa vie, Luigi Valadier collabore avec son fils Giuseppe jusqu'à la fin de la vie de son père. Les ateliers sont transmis à Giuseppe Valadier (1769-1832), un architecte néoclassique qui réalise à la fois des modèles pour des œuvres d’art et des projets architecturaux, comme la Piazza del Popolo et le Pincio. Giuseppe aura de la peine à maintenir l’excellence de la production de son père, c’est pourquoi cette paire de vase demeure si précieuse.
Les anses latérales de ses vases, particulièrement remarquables, prennent la forme de chimères anthropomorphes ailées, à corps de dragons et de feuillages se développant en volutes jusqu’au sommet de la panse. Elles se déploient en têtes de grotesques et encadrent des cartouches figurant des déesses ailées autour d’un brasero, évoquant les rituels antiques de libation. En mêlant références antiques et fantaisie, rigueur symétrique et richesse ornementale, cette iconographie reflète le goût néo-classique pour l’Antiquité idéalisée et s’inscrit ainsi pleinement dans la production tardive de l’atelier romain de Luigi Valadier, en collaboration avec son fils Giuseppe. Le recours à l’albâtre, pierre prisée pour sa translucidité, se réfère également symboliquement à l’Antiquité.
Certains éléments de ces vases sont communs à d’autres œuvres de la fin de la carrière de Luigi Valadier, comme la frise décorative de palmettes sur la panse des vases, que l’on retrouve dans un dessin préparatoire pour un centre de table conservé à la Bibliothèque Napoléonienne (MN 8660). Cette reprise ornementale témoigne de la circulation des motifs au sein du répertoire décoratif de l’atelier et la cohérence formelle entre projets graphiques et réalisations en volume.
Les motifs des têtes de bélier, particulièrement fréquents dans les productions romaines en pierres dures de la seconde moitié du XVIIIe siècle, revêt ici une dimension symbolique significative. Hérité de l'iconographie antique, le bélier est associé aux pratiques sacrificielles et cultes religieux, où il incarne l'offrande et la méditation entre les sphères humaine et divine. Dans le contexte néo-classique, ce motif renvoie également à des valeurs de force, de fertilité et de protection. Son emploi sur les bases et contre socles d'objets décoratifs dépasse ainsi la simple fonction ornementale pour conférer à l'œuvre une dimension rituelle et idéologique.
Dans des années 1780, l’œuvre de Luigi Valadier se diffuse à l’échelle internationale : un vase couvert monté comparable, sans la scène figurée de la course des vestales, est conservé au palais de Lazienski à Varsovie. Cette comparaison permet de mettre en évidence les multiples variations iconographiques possibles à partir d’un même schéma formel, mais surtout la souplesse du répertoire décoratif de l’atelier Valadier et sa capacité à adapter ses compositions aux attentes spécifiques de sa clientèle. La présence d’œuvres apparentées en Pologne peut être mise en relation avec le rôle de Stanislas Auguste Poniatowski (1732-1798), roi de Pologne, qui éprouve un grand intérêt pour les Arts décoratifs européens et qui dispose d’un vaste réseau d’intermédiaires actifs en France et en Italie.