L'épisode représenté sur cette tapisserie est tiré du Livre de Tobie, un des treize livres apocryphes de l'Ancien Testament. Le chapitre 7 raconte la rencontre de Tobie avec la famille de Sara. Raphaël présente Tobie aux époux Raguel et Edna, et leur fille Sara. Il obtient la main de Sara. Pour fêter l'évènement, Raguel ordonne à sa femme Edna de faire préparer une grande quantité de pain et demande aux serviteurs de préparer deux boeufs et quatre béliers pour le festin. La bordure quant à elle illustre quatre scènes de l'histoire de Jacob.
Cette tapisserie est l'une des pièces de la tenture de l'Histoire de Tobit et Tobie, tissée à Bruxelles par Jan Aerts qui obtient son droit de tisserand en 1629. La famille de Jan Aerts est connue pour avoir réalisé des tapisseries entre 1550 et 1707. Bien que peu connu aujourd'hui, le travail de l'atelier devait être réputé à l'époque. Outre les pièces de cette tenture conservées dans des collections particulières, d'autres tapisseries de Jan Aerts sont répertoriées, notamment les tapisseries de la Genèse conservées dans la cathédrale de Burgos en Espagne et dans la cathédrale Saint Rupert et Saint Virgile à Salzbourg en Autriche. Une tapisserie d'Ulysse de la même main est conservée dans les collections royales de Suède.
Sujet rare, l'atelier de Jan Aerts s'inspire pour ce tissage de deux tentures sur le même thème réalisées un siècle plus tôt. De la première, probablement la plus ancienne, conçue dans le style de Bernard van Orley, huit panneaux sont conservés à Vienne (L. Baldass, Die Wiener Gobelinssammlung, Vienne, 1920, pl. 9-16). Un autre modèle a été fourni par le « Maître du Fils prodigue », un disciple de Pieter Coecke van Aelst qui travaillait à Anvers entre 1530 et 1560 (A. Volckaert, « De Meester van de Verloren Zoon en de Brusselse wandtapijtkunst », Jaarboek van het Koninklijk Museum voor schone Kunsten Antwerpen, 1987, pp. 93 - 106). Le plus grand ensemble conservé de cette deuxième tenture se trouve aujourd'hui conservé dans la cathédrale de Tarragone (P. Battle Huguet, Los tapices de la catedral primada de Tarragona, Tarragone, 1946, pp.41 - 49). L'influence italienne qui imprègne cet ensemble est déjà très perceptible dans la tenture précédente conçue par Bernard van Orley, qui a été profondément influencée par les dessins de Raphaël pour la tenture des Actes des Apôtres tissée pour Léon X à Bruxelles en 1521. Exposée avant son départ, cette tenture représentait le premier grand corpus d'art italien à traverser les Alpes pour rejoindre les Pays-Bas (G. Delmarcel, Flemish Tapestry, Tielt, 1999, pp. 142 - 143).
Notre tapisserie, certes tissée dans la deuxième quart du XVIIe siècle, s'inspire des modèles italiens. Les personnages sont dessinés avec monumentalité qui, associés aux bordures ornées de grotesques et de masques théâtraux à la manière de Raphaël, confèrent à cette magnifique tapisserie un sens accru du drame.
Les six pièces de la tenture ont été exposées au musée Prinsenhof à Delft en 1959 avant d'être dispersé chez Christie's à Londres en 2004.