Sale 19690
I.M.A.GINATION 44 oeuvres provenant de la collection Claude & France Lemand vendues au profit des artistes du musée de l’Institut du monde arabe
Online 24 June - 16 July 2020
Exhibited

Paris, Institut du Monde Arabe, Hommage d'Artistes à Notre-Dame, septembre-décembre 2019.

Hani Zurob est né en 1976 à Gaza, dans le camp de Rafah. Il a vécu à partir de 1994 dans la ville de Naplouse où il a intégré l’université nationale An-Najah et où il a obtenu une licence en arts plastiques, spécialisée en peinture à l’huile. Hani Zurob vit et travaille à Paris depuis 2006.
L’artiste et historien d’art Kamal Boullata lui consacre une monographie, avec plusieurs chapitres sur la vie et l’œuvre de Hani Zurob, depuis sa naissance en 1976 et son enfance dans le camp de Rafah (Gaza, Palestine), sa formation à Naplouse et à Ramallah, ses premières années à Paris et jusqu’à sa période actuelle. Textes d’analyses magistrales sur les plans historique, biographique et esthétique de chacune des séries qui constituent son œuvre à ce jour :
« Les pratiques artistiques de Hani constituent une voix importante dans la culture palestinienne contemporaine et une contribution significative dans l’élaboration d’une esthétique arabe. Certes, l’art de Zurob est une expression puissante de l’expérience collective palestinienne, mais il peut aussi être perçu sous l’angle des thèmes universels de la recherche de sa propre identité et englober l’Humanité entière, au-delà du contexte palestinien. »
(Kamal Boullata, Between Exits : Paintings by Hani Zurob, Editions Black Dog, 2012, Londres)

Hani Zurob is a Palestinian artist, born in 1976 in Rafah camp (Gaza). In 1994 he moved to Nablus where he graduated in 1999 with a B.A. of Fine Arts at the University Al-Najah. He then settled in Ramallah until 2006, where he received a grant that allowed him to reside in Paris at the Cité Internationale des Arts. Hani was unable to return to his homeland. Today he lives in France, creating works that explore the state of exile, waiting, movement and displacement. His work presents Palestine through a personal perspective and conceptual context that transcends borders and geography - concepts that remain close to the painter's heart.
Kamal Boullata, the celebrated Palestinian artist and art historian, dedicated a monograph to Hani Zurob, tracing the development of his work : «  Hani's practice provides an important voice in contemporary Palestinian culture, as well as a significant contribution to the creation of an Arab aesthetic. Ultimately though, while Zurob's art gives powerful expression to the Palestinian collective experience, it can also be seen in the context of more universal themes of personal identity and embraces humanity beyond the Palestinian context. »
(Kamal Boullata, Between Exits: Paintings by Hani Zurob, Black Dog Publishing, London 2012).

"Incendie à Notre Dame". Comme une flamme, le message est arrivé sur mon portable. C'était le jour même du vernissage de mon exposition "ZeftLand" à Amman. Je reçus le message comme si c'était d'un incendie ou d'une explosion d'une maison ou d'une mosquée en Palestine, ou les feux de l'occupation. Avec ce sentiment, je sus que Paris était devenue ma ville, ma maison en exil, peut-être pour toujours. C'est le même conflit entre le sacré et le maudit. Notre petite maison dans le camp de Rafah me revint en mémoire et notre salon aux fenêtres donnant sur la rue principale, occupée par les soldats, leurs armes et leurs feux. Durant les rudes et longues journées et nuits de couvre-feu et durant la première Intifada de 1987, j’ai été obligé de me réfugier dans la bibliothèque de mon père. C'est là que j’avais découvert le monde de la lecture et de la peinture, en essayant de tuer l'ennui et la peur d'être dans le champ de mire des soldats et de leurs bombes. Là-bas, près de la fenêtre donnant sur les feux de l'occupation du camp de Rafah, j'ai lu Le Bossu de Notre-Dame, la traduction arabe du Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. J'ai tellement aimé le roman avec tous ses éléments et ses détails.
Le choc de la dépêche sur Notre-Dame en feu a fait revenir à ma mémoire la description de l'incendie1 dans le roman. Mais paradoxalement, je me suis souvenu du moment où je suis arrivé à mon atelier, à la Cité Internationale des Arts à Paris en 2006 et ma joie en voyant la grande fenêtre donnant sur la Seine, et plus précisément sur Notre-Dame. J'étais seulement à dix minutes à pied de la Cathédrale. C'est ainsi que je suis devenu le voisin du bossu qui y réside. Notre-Dame était donc le premier lieu de ma vraie rencontre avec le cœur de la Capitale des Lumières. Un cœur dont je sentis les battements - depuis ma fenêtre d'enfance, avec le bossu de Notre-Dame. Cet incendie était donc dans le cœur, exactement comme dans les tableaux de "ZeftLand" que j'exposais en même temps à Amman. Mais ce goudron (zeft en arabe) est d'un autre genre, il est différent de celui de l'occupant qui brûle le cœur et la maison ensemble. Le fil de la mémoire a construit mon œuvre. La littérature et l'immensité du sentiment en la découvrant dans les livres, ont ouvert pour moi une fenêtre de lumière : la peinture. Aujourd'hui, je continue techniquement à partir du lieu où j'ai fini mes dernières œuvres de l'exposition "ZeftLand". Ces œuvres, comme je l'avais écrit dans le communiqué de l'exposition, "sont des approches conceptuelles à l'échelle de la destruction, de l'incendie et du chagrin. A me retrouver confronté au sacré comme au maudit, tant sur terre que dans l'œuvre d'art, je me suis posé la question : "Y a-t-il une différence ?"
Pour Notre-Marie - Maryamuna, mon plus récent tableau, j'ai choisi le goudron et le pastel comme matières principales. Et lier ainsi, visuellement, ma pratique actuelle du goudron avec la mémoire, et avec le pastel que j'utilisais dans mon enfance comme matière ordinaire. C'est le fil de la mémoire encore une fois, qui m'a poussé à travailler en plusieurs couches superposées, qui s'approchent ou s'éloignent pour former une œuvre de profondeur, avec des dimensions et des perspectives en couleurs variées, sans recourir aux lignes. Notre-Marie - Maryamuna est un choix visuel, relié à la mémoire comme au présent. C'est un choix conceptuel par son titre. Non seulement en relation à notre héritage culturel, historique, archéologique, mais aussi parce que Notre-Dame est au premier chef Notre-Marie, Marie la Palestinienne. Et Marie brûle chaque jour, interdite de raconter son histoire. Marie, la "paysanne palestinienne qui a perdu un Dieu".
(Hani Zurob, Paris, octobre 2019)

“Fire at Notre-Dame.” The message leapt up like a flame from my phone. It was on the day of the opening of my exhibition "ZeftLand" in Amman. The message impacted me as much as it would have if it had been a Palestinian house or mosque, or the occupation fires. That feeling made it clear to me that Paris had become my city, my home in exile, perhaps for life. It’s the same conflict between the sacred and the cursed. I was reminded of our little house in the Rafah refugee camp, where the windows of our living room opened onto the main road, occupied by soldiers, with their arms and their fires. During the long, hard days and the nights of curfew, and during the first intifada of 1987, I was forced to take refuge in my father’s library. That is where I discovered the world of books and painting, as I tried to pass the time and quell the fear of being within range of the soldiers and their bombs. There, near a window overlooking the occupation fires of the Rafah refugee camp, I read the Arabic translation of The Hunchback of Notre-Dame by Victor Hugo. I loved that novel so much, with its imagery and details.
The shock of the news that Notre-Dame was on fire brought back memories of the fire scene in the novel.1 But paradoxically, I remembered the moment when I first arrived at my workshop in 2006, at the Cité Internationale des Arts in Paris, and how happy I was to see the large window overlooking the Seine, and more precisely Notre-Dame. I was only ten minutes’ walk from the cathedral. That is how I became the neighbour of the hunchback who lived there. Notre-Dame was the first place where I truly encountered the heart of the City of Lights. I felt that heart beating from the window of my childhood, with The Hunchback of Notre-Dame. The fire was ravaging the heart, just like my depictions in the exhibition “Zeftland” that I was showing at the time in Amman. But this tar (“zeft” in Arabic) is different: it is not like that of the occupier, who burns the heart along with the house. I wove my work from the thread of memory. Literature, and the boundlessness of my feelings when I discovered the power of books, opened a new window for me to let in the light, and that window was painting. Today, I am technically picking up from the place where I finished my last works for the “Zeftland” exhibition. These works, as I wrote in the press release for the exhibition, are “a conceptual way to approach the scale of destruction, fire and grief.” Finding myself confronted with the sacred and the cursed, both on the earth and in works of art, and wondering, “Is there a difference?”
I chose tar and pastel as the principal media for my most recent painting, Notre-Marie - Maryamuna. And in a visual way, too, I connect my current use of tar with my memory, and the use of pastel with the ones I used like any other material as a child. Once again, the thread of my memory pushed me to build up several layers, creating the illusion of things being closer or farther away to create depth, with dimensions and perspectives in various colours, without resorting to the use of lines. Notre-Marie - Maryamuna is a visual choice, connected both to memory and to the present. It is a conceptual choice in title. Not only in relation to our cultural, historical and archaeological heritage, but also because Notre-Dame is, above all, Our Lady, Mary the Palestinian. And that Mary burns every day, forbidden from telling her story. Mary, the “Palestinian peasant who lost a God”.
(Hani Zurob, Paris, October 2019)

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This lot is offered by Christie's France SNC