BRETON, André (1896-1966) Lettre autographe signée "André" [à Louis Aragon], datée "Mercredi 21 mai 1919". 4 pp. sur un feuillet in-4 (traces de pliures, quelques déchirures aux exrémités des pliures, légères salissures). Longue lettre inédite : sur le quotidien de Breton à l'Hôtel des grands hommes, Rimbaud et son différend avec Reverdy . La lettre s'ouvre sur l'amusant récit d'une parodie de Breton et Aragon par Max Jacob, qui imagine un passant sonner à l'Hôtel des grands hommes où habite Breton, place du Panthéon : “Radiguet me dit que Max Jacob improvisait l’autre jour une scénette sur Littérature. On se présente place du Panthéon : M. André Breton, s’il vous plait. - Ah! M. André Breton n’est pas là. En ce cas puis-je voir M. Louis Aragon ? - Mais M. Louis Aragon est en Allemagne, il fait des fouilles en vue de découvrir de nouveaux inédits de Rimbaud. Si vous désirez que j’appelle le gérant.. - Merci, ce n’est pas la peine.” Il revient sur l'épisode de la dame au chapeau blanc, précédemment évoqué (voir lot précédent : à ne pas confondre avec la "dame aux gants bleus", c'est-à-dire Lise Deharme, dont il fera le récit dans Nadja ) : "Hier soir, entre Philippe [Soupault, également résident de l'Hôtel des grands hommes] et la concierge du 5 de la rue Soufflot : Il y a dans la maison deux dames qui portent le même canotier blanc et des macarons sur les oreilles, celle que vous voulez sort-elle en tailleur café au lait à petits carreaux ? C'est en ce cas Madame Ognon. Que fait-elle ? En effet Madame Ognon reçoit souvent des invitations pour les concerts." “T’ai-je dit que j’avais surtout peur d’être victime d’un acte gratuit ?” Breton recopie ensuite une de ses lettres à Reverdy, dans laquelle il se fâche, et commente : “Ceci pour lui apprendre à dire que je prends mes vers un peu partout vous ne saviez pas ! Que salubre est le vent est de Rimbaud, (...) à jurer que le dernier poète venu dans Sic l’intéresse plus qu’Isidore Ducasse , que les souvenirs de Mary nous ridiculiseront [voir lot précédent ; Breton y recopie une lettre de Jules Mary, camarade de collège de Rimbaud]. De nous trois il continue à prétendre que Philippe [Soupault] est le seul pur, - quand il s’y met ! Tu ne sais pas comment il a agi avec Braque.” Cette lettre intervient alors que les relations entre Breton et Reverdy se détériorent de jour en jour. Parmi les tensions, apparaît un désaccord majeur autour des Poésies du comte de Lautréamont, Isidore Ducasse : il s'agit d'un texte fondamental pour Breton et ses compagnons, tandis que Reverdy désapprouve ce "nouveau culte littéraire" (Étienne-Alain Hubert). Breton s'attarde sur les poèmes inclus dans le numéro de Littérature à paraître : "J'ai porté à l'imprimeur Les Mains de J.M . [de Rimbaud, voir lot 104 ], Pour demain, Incognito (Radiguet), Le Corset, la chronique censurée (...)" et finit en demandant un service à Aragon : "Veux-tu faire part de mes lettres à T.[héodore] F.[raenkel] ? Il te les renverra si tu veux. Il aura tort de prendre cela mal. Je ne puis constamment me redire, et (...) me diviser." Étienne-Alain Hubert, "Pierre Reverdy en 1919 : la découverte des « hommes inconnus »", in Circonstances de la poésie . Reverdy, Apollinaire, surréalisme , pp. 129-150. Nous remercions Monsieur Étienne-Alain Hubert pour les précieuses informations qu’il nous a communiquées pour la rédaction de cette notice.Long unpublished letter: on Breton's daily life at the Hôtel des grands hommes, Rimbaud, and Breton's fallout with Reverdy.