Dans Le Poisson, Brancusi exprime la vie et le mouvement sans copier pâlement la nature comme les générations précédentes. Exécuté pour la première fois en marbre en 1922, Le Poisson est ensuite repris par Brancusi qui en sculpte cinq versions en bronze sur une période de huit ans, avant d’en façonner une dernière, en marbre bleu de taille monumentale, en 1930. La simplicité, à la fois dans le choix du sujet et dans son exécution, est expliquée par l’artiste de la manière suivante : « Quand vous voyez un poisson, vous ne pensez pas à ses écailles, vous pensez à la vitesse de son mouvement, à son corps étincelant et flottant vu à travers l’eau. Eh bien, voilà ce que j’ai voulu exprimer. Si j’avais rendu ses nageoires, ses yeux et ses écailles, j’aurais arrêté son mouvement et j’aurais obtenu un simple échantillon de la réalité. Moi, j’ai voulu saisir l’étincelle de son esprit ».
L’épuration de la forme et des proportions, qui sont réduites à l’essentiel, confère au Poisson une légèreté aérienne. Plus intéressant encore, l’éclat étincelant et la surface extrêmement lisse de la sculpture laissent paraître le reflet de Brancusi et de son matériel photographique sur toute la surface de la sculpture. Cette photographie, qui s’apparente presque à une vue de l’atelier, est un témoignage inestimable de la pratique photographique de Brancusi. L’artiste et l’œuvre se font face ; relayant le spectateur au rang de visiteur imprévu / inattendu dans l’atelier.
In Le Poisson, Brancusi expresses life and movement, breaking with the pale imitations of nature from past generations. Brancusi first executed Le Poisson in marble in 1922, later revisiting it in bronze five times over a period of eight years and crafting a final, monumental version of it in blue marble in 1930. The artist explained the simplicity of both his choice of subject and its execution thus: “When you envision a fish, you don’t think of its scales. You think of its swift movement, its fluid, shimmering body gliding through the water. That is what I wanted to express. If I had rendered its fins, eyes and scales, I would have inhibited its movement and only achieved a mere sample of reality. Instead, I decided to capture the sparkle of its spirit.”
Reduced to bare essentials, its streamlined shape and minimalist proportions bring Le Poisson an airy lightness. More interesting yet, the scintillating gleam and exquisitely smooth surface of the sculpture show the reflection of Brancusi and his camera equipment all along its length. This photo – almost a view of the studio – offers an invaluable testimonial of his photographic practice. The artist and his work face off, relegating the viewer to the role of an unexpected visitor in the studio.