Vous savez, mon cher ami, que je viens d’être indisposé. Je vous envoye toujours une épreuve. Mais je dois vous dire que l’on me les envoie tellement mauvaises qu’il ne me sera pas possible d’aller vite à moins que vous ne consentiez à les reprendre et à les faire corriger d’abord par un prote. Je suis obligé de remettre des moitiés de mots qui manquent, voici pour voit, inprêcher pour reprocher, tout le rappelerai, au lieu de toutes les fois que je me le rappelle, etc, etc. C’est un métier que je n’ai jamais fait. Il y a dans les imprimeries des gens payés pour cela. Si on m’imprimait sur un manuscrit, souvent raturé, confus, embrouillé, rien de plus simple, mais on imprime sur une chose très bien imprimée (Le Chandelier). Il n’y avait exactement qu’à copier. J’aurais eu à peine quelques finesses de ponctuation à ajouter. Au lieu de cela, on m’envoie des épreuves informes et on me charge du gros ouvrage.
Voyez si vous pouvez remédier à cela, je vous en prie, sans quoi nous en souffrirons tous deux.
Tout à vous
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