La pendule ici présentée s’inscrit dans la prestigieuse tradition des pendules ‘à cercles tournants’ de la fin du XVIIIe siècle, illustrant la virtuosité des artisans parisiens et l’ingéniosité des marchands-merciers sous le règne de Louis XVI.
UN MODÈLE EMBLÈMATIQUE DE L’ÉPOQUE LOUIS XVI PRODUIT PAR LES MARCHANDS-MERCIERS
La rencontre des talents des artisans n’est possible que par l’entremise d’un marchand-mercier. Véritables ‘vendeurs de tout, faiseurs de rien’, comme les décrit Diderot dans l’Encyclopédie, ils sollicitent divers corps de métiers organisés en corporation pour concevoir des objets d’exception, mêlant des techniques multiples. Ainsi, on peut retrouver de nombreux modèles de cette pendule, présentant quelques variantes produites au grès des commandes particulières de la clientèle des marchands-merciers.
Cette pendule fait écho à celle acquise auprès du marchand Simon Philippe Poirier par Madame Du Barry le 18 novembre 1768 pour la somme de 912 livres, ‘pendule à vase et serpent, en bronze doré d’or moulu, le cadran tournant, le piédestal garni de trois morceaux de porcelaine de France, fond bleu, avec des enfants en miniature, le dard du serpent fait en marcassite’. Un second modèle se retrouve également dans la collection de la reine Marie-Antoinette qui apparait sous le lot 280 de la célèbre vente de la collection Double le 29 mai 1881 : ‘Jolie pendule à cadran tournant placé dans un vase à panse ovoïde et à deux mascarons […]. Un serpent s’enroulant sur le socle et appuyant sa tête sur le vase marque l’heure à l’aide de son dard’. Aujourd’hui bien connue par la documentation ancienne, elle se caractérisait par un vase à deux anses, un serpent enroulé autour du piédouche, et un décor très singulier de lapis lazuli et incrustation de strass. Ce modèle s’est vu ensuite décliné de multiples manières pour répondre au goût et aux exigences de tout un réseau de clients de la cour, de l'aristocratir ou de la haute bourgeoisie.
Dans cette perspective, on peut également citer une pendule conservée au musée du Louvre (inv. OA 8937), illustrant parfaitement l’usage des cadrans tournants intégrés dans des vases décoratifs à l’époque Louis XVI. Comme la nôtre, elle incarne la synthèse entre technicité horlogère, invention décorative et symbolisme classique, caractéristiques des grandes commandes de la fin de l’Ancien Régime.
Cette pendule peut également être mise en relation avec un modèle comparable, vendu chez Christie’s Paris, le 19 juin 2025, Collection Simone Steinitz, lot 75. Celle-ci présente sur sa base des plaques émaillées d’une grande technicité figurant des scènes d’intérieur. Par la qualité technique des plaques et de ses bronzes, elle affirme à nouveau le caractère exceptionnel de ce modèle, destiné à une clientèle d’élite.
DES PLAQUES ATTRIBUÉES À JEAN-BAPTISTE ETIENNE GENEST, CHEF DE L’ATELIER DES PEINTRES DE LA MANUFACTURE DE SÈVRES
Le motif peint sur porcelaine ornant la base de notre pendule, représentant sur trois faces des putti entourés des allégories de l’Astronomie en grisaille, témoigne de la qualité des collaborations entre horlogers et artistes peintres. En particulier, ces plaques sont attribuées à Jean-Baptiste Etienne Genest. Il rejoint la Manufacture de porcelaine de Sèvres en 1752 et devient le chef de l’atelier des peintres. Son nom est associé à la production des pièces les plus importantes, comme le service réalisé pour Catherine II de Russie. Le travail des putti renvoie à une pièce conservée au Getty Museum, une paire de vases couverts (inv. 86.DE.520) à décor de médaillons retenus par des putti en grisaille. La parenté stylistique permet ici de formuler cette attribution.
Les artistes peintres travaillant d’après modèle, on retrouve ce même motif de putti aux allégories de l’Astronomie sur d’autres plaques de porcelaine. C’est le cas de la pendule conservée au Huntington Art Museum (inv. 27.110), dont la plaque est signée de Charles-Nicolas Dodin. Peint en couleurs, un putto tient dans sa main droite un feuillet ouvert portant l’inscription ‘CONNAISSANCE DES TEMPS’ – alors que la nôtre porte la mention ‘PLURALITÉ DES MONDES’. En cela, cette pendule présentée constitue un témoignage du travail au sein de l’atelier des peintres sur porcelaine à la manufacture de Sèvres.
Par son raffinement décoratif, la qualité de son bronze doré et l’iconographie des plaques de porcelaine, cette pendule ‘à cercles tournants’ se rattache à un corpus restreint constituant un témoignage remarquable de l’horlogerie d’apparat parisienne de la fin de l’Ancien Régime.