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BRETON, André (1896-1966)
Lettre autographe monogrammée [à Louis Aragon], datée "Lundi 24 Juin 1918".

3 pp. sur un bi-feuillet (178 x 266 mm), encre brune sur papier bleu (traces de pliures, papier légèrement décoloré au niveau des pliures).

"Je ne suis pas très à l'aise pour écrire, dans l'attente puérile d'autre chose. As-tu vu Apollinaire"
: lettre inédite à Aragon en partance pour le front.

"Je prends la précaution de copier à un ami toute nouvelle lettre de P.[aul] V.[aléry]", annonce d'emblée Breton avant d'en rapporter le contenu : "Je suis très curieux du poème que vous m'avez promis. Mettez-y tout votre talent. (...) Passez donc d'abord médecin auxiliaire en pied, et puis nous causerons (...) Mont de piété est un titre délicieux... à toutes les reconnaissances.. Baoû !". Dans sa réponse du 26 juin, écrite en allant vers le front, Aragon s'agace : "La lettre de Valéry... Argot de petite fille."

Breton répond sèchement aux vers envoyés par son ami : "Je t'avertis que tes sonnets sont assez malvenus. Ne perds pas de temps !", ce à quoi Aragon rétorque : "Tu ne sais donc pas qu'on écrit en sonnets à un ami quand on n'a pas de prose à lui envoyer ?" (lettre du 26 juin 1918). Breton donne son avis sur la revue grenobloise fondée par le poète Justin-Frantz Simon, dans laquelle les deux amis publieront des poèmes : "Le premier numéro des Trois Roses vient de me parvenir. J'en suis content. Je ne te donne que ma toute première impression."

Les années 1918-1919 concentrent la majorité de la correspondance entre Breton et Aragon. Les jeunes poètes s'étaient d'abord rencontrés chez Adrienne Monnier puis retrouvés à l'automne 1917 au Val-de-Grâce, où ils suivaient tous deux la formation de médecin-auxiliaire. Plus âgé de vingt mois, Breton était déjà connu des milieux littéraires et présenta Aragon à Fraenkel, Soupault et Apollinaire. Recalé à l'examen en mai 1918, Breton fut envoyé à Moret-sur-Loing comme infirmier, tandis qu'Aragon allait rejoindre le front.

"Nous avions tous les deux très rapidement compris que notre rencontre avait pour l'un et l'autre une importance décisive, comme cela peut être à vingt ans. Je ne puis en reconstituer la conversation désordonnée, où le hasard des phrases et des noms jetés, ouvrant pour nous les perspectives de passion commune, nous découvrait ce fait singulier et merveilleux que désormais nous n'étions plus seuls, l'un et l'autre." (Aragon, Lautréamont et nous, p. 11)

Nous remercions Monsieur Étienne-Alain Hubert pour les précieuses informations qu’il nous a communiquées pour la rédaction de cette notice.


"I do not feel entirely at ease writing, while childishly awaiting something else. Have you seen Apollinaire?": unpublished letter to Aragon levaing for the front.
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