BRETON, André (1896-1966) Lettre autographe monogrammée [à Louis Aragon], datée "Samedi 6 juillet 1918". 6 pp. in-12 (179 x 105 mm) sur un feuillet plié en trois, encre brune (traces de pliures) ." Quand te reverrai-je ?" : lettre inédite de Breton recopiant des lettres de Paulhan et Reverdy, dont certains passages concernent Aragon. "Je ne prends plus le temps de goûter avant de t'en faire part les lettres que je reçois. Afin de me plaire à te les copier. J'ai seulement relu trois ou quatre fois la dédicace de mes Hain-teny merinas [livre de poésies malgaches traduites par Jean Paulhan], et elle m'enchante toujours. (...) Voici les lettres. (Quand te reverrai-je ?)" Breton recopie d'abord une lettre de Paulhan, qui évoque pêle-mêle Jules Renard, "cet homme sans grande intelligence" , Max Jacob et Louis Aragon, Rimbaud ("je n'ai pas eu, par Rimbaud, de révélation, je l'ai lu avec admiration - cependant du dehors" ), les soldats malgaches et les poèmes de Paul Valéry déjà débattus dans la correspondance Breton-Aragon. Une lettre de Paul Reverdy suit, discutant des derniers numéros des Marges et de l'Eventail et confiant, à propos d'Aragon : "combien j’ai été touché et doucement ému par la critique d’Aragon. Le connaissant peu, j’avais bien le droit de ne pas m’attendre à une étude aussi spéciale de sa part. J’ai rarement lu, sur mon compte du moins, un article d’une compréhension sensible aussi parfaite. Je voudrais avoir son adresse pour le féliciter, le remercier. ” Reverdy développe ensuite sa conception de la poésie. À la suite des deux lettres recopiées, Breton conclut : "J'ai perdu ce temps de bon coeur. Ne fais pas mine, cela va sans dire, d'avoir lu ces lettres. Je suis affectueusement à toi. A.B." Les années 1918-1919 concentrent la majorité de la correspondance entre Breton et Aragon. Les jeunes poètes s'étaient d'abord rencontrés chez Adrienne Monnier puis retrouvés à l'automne 1917 au Val-de-Grâce, où ils suivaient tous deux la formation de médecin-auxiliaire. Plus âgé de vingt mois, Breton était déjà connu des milieux littéraires et présenta Aragon à Fraenkel, Soupault et Apollinaire. Recalé à l'examen en mai 1918, Breton fut envoyé à Moret-sur-Loing comme infirmier, tandis qu'Aragon allait rejoindre le front. "Nous avions tous les deux très rapidement compris que notre rencontre avait pour l'un et l'autre une importance décisive, comme cela peut être à vingt ans. Je ne puis en reconstituer la conversation désordonnée, où le hasard des phrases et des noms jetés, ouvrant pour nous les perspectives de passion commune, nous découvrait ce fait singulier et merveilleux que désormais nous n'étions plus seuls, l'un et l'autre." (Aragon, Lautréamont et nous , p. 11)Nous remercions Monsieur Étienne-Alain Hubert pour les précieuses informations qu’il nous a communiquées pour la rédaction de cette notice. “When shall I see you again?”: unpublished letter by Breton transcribing letters from Paulhan and Valéry, including passages relating to Aragon.